Commémoration de la Journée Internationale de la Prévention des Catastrophes,(JIPC) à Kaya, le vendredi 04 Décembre 2015 . Thème :« La connaissance sauve des vies ».

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Interview de Pr TAONDASibiri Jean-Baptiste : Maître assistant et chercheur à l’INERA

Pr TAONDA Sibiri Jean-Baptiste, est un chercheur chevronné à l’INERA. Spécialiste des sciences des sols au département Gestion des Ressources Naturelles et système de production au sein de l’institution, il est actuellement le responsable du service liaison recherche développement au niveau de la direction. Nous l’avons rencontré dans le cadre de la mise en œuvre du projet AGRA Microdose au Burkina Faso, dont il a été le coordonateur au niveau national. En homme passionné des questions du développement d’une manière générale et de la recherche-action en particulier, le Pr TAONDA nous présente dans les lignes qui suivent le projet AGRA microdose, qu’il a conduite jusqu’à terme pendant quatre ans, les résultats atteints et les perspectives pour le futur.

R/MARP : Pouvez-vous nous présenter en quelques mots le projet Agra- microdose ?

Pr TAONDA  : le projet agra-microdose en quelques mots, j’allais dire que c’est difficile, parce que c’est quand même un projet important de par sa qualité que par ses enjeux. Mais, je dirais simplement que le projet consistait essentiellement à faire un transfert de technologie. C’est dire à privilégié une technologie à grande échelle. Et c’est la technologie de la microdose qui, pour faire court est une application stratégique de l’engrais minérale aux pieds des plantes, pour rendre cet engrais beaucoup plus efficace, beaucoup plus efficient et beaucoup plus disponible aux plantes.

R/MARP : Qu’est-ce qui justifie la mise en œuvre de ce projet au Burkina Faso ?

Pr TAONDA  : D’abord, disons que nous observons que la productivité dans les champs des producteurs est faible. L’une des raisons fondamentale, c’est la faible fertilité des sols. Nous avons pensé que le monde paysan en est conscient et que les producteurs tentent de trouver une solution tant bien que mal à cela, soit par la matière organique soit par la fertilisation minérale, mais avec les petites quantités et mal dosées. C’est ce qui nous a motivés à faire des recherches et à proposer la technologie de la microdose pour tenter d’accompagner les paysans dans la résolution des problèmes de la fertilité des sols.
Nous avons expérimenté cette technologie et elle a fait ses preuves, d’abord en station de recherche et puis dans les cultures locales à travers toutes les différentes strates agro-écologiques de notre pays. C’est pourquoi nous avons proposé d’étendre cette technologie à grande échelle auprès des producteurs pour augmenter la production et productivité des sols en vue d’améliorer le revenu des producteurs.

R/MARP : C’est donc un projet dont l’un des objectifs était la résolution des problèmes de la fertilité des sols ?

Pr TAONDA : La microdose est un projet centré sur la question de la fertilité des sols et l’objectif du projet était de disséminer cette méthode de fertilisation stratégique à grande échelle auprès des 130.000 ménages au niveau du Burkina Faso. Ce projet visait alors essentiellement à résoudre le problème de la fertilité des sols.
En fait, une des raisons fondamentales de mise au point de la technologie de la microdose c’est vraiment la dimension socio-économique. Avec le microdosage, au lieu d’appliquer 100 kg de NPK à l’hectare, nous en sommes à une moyenne de 62kg à l’hectare, soit une diminution d’1/3 de la quantité initiale selon la formule actuellement vulgarisée. Je pense qu’à cause de son accessibilité économique, les producteurs conscients de son enjeu sur la fertilité du sol auraient adopté à grande échelle cette technologie.

R/MARP : Quels sont les principaux acteurs de mise en œuvre du projet agra-microdose.

Pr TAONDA  : La microdose au niveau du Burkina, vous avez bien sûr l’INERA qui est l’institution coordonnatrice et qui a en charge le volet recherche. C’est à dire qu’elle assure un départ de la technologie depuis les laboratoires et les parcelles de station vers le monde des producteurs. Vous avez le R/MARP Burkina et Hunger Project Burkina. Ces deux ONG se sont chargées du volet vulgarisation de la technologie sur le terrain. Cependant, la microdose, ce n’est pas seulement la technologie mais c’est aussi les activités de soutien au transfert, c’est à dire des activités de micro crédits, des activités de communication, de formation et de financements. C’est pour ça que vous trouverez d’autres partenaires comme AGRODIA qui s’occupe de la question des intrants agricoles, la BRS (Banque Régionale de Solidarité) qui soutient le crédit. Avons-nous aussi comme partenaires, bien sûr les organisations des producteurs en aval, les radios locales à la base qui coopèrent avec nous et puis des acteurs du monde administratif et politique, les élus locaux qui aident dans le transfert de la technologie.

R/MARP : Au delà du Burkina Faso, y a-t-il d’autres pays qui étaient concernés par la phase pilote ?

Pr TAONDA  : Le projet a effectivement un caractère régional. Nous travaillons en partenariat avec plusieurs institutions de recherche notamment de l’INRAN au Niger, l’INR au Mali et la coordination régionale est assurée par l’Ecclésial Centre Sahélien basé à Niamey. Voila donc les trois pays qui sont membres au niveau Ouest africain. Le projet est financé par la fondation Bill Gates à travers AGRA (Alliance for Green Revolution in Africa). Voila très rapidement résumé les partenaires à l’échelle sous régional.

R/MARP : Quels sont les outils qui ont été développés pour assurer la mise en œuvre des activités ?

Pr TAONDA : Il y eu pas mal d’outils que nous avons mis au point. Entre autre, on peut citer les champs de démonstration ; les champs-écoles ; les champs vitrines placés au bord des grandes voies ; des boutiques d’intrants et magasins de warrantages ; les journées de visites commentées. En plus de ces outils, il y a les supports de communication tels que les calendriers, des posters des fiches techniques. Je tiens à souligner que nos campagnes de communication ont été beaucoup soutenues par les radios locales.

R/MARP : Le projet est à la fin de sa phase pilote, alors quels résultats pouvons-nous capitaliser ?

Pr TAONDA  : Il y a beaucoup de résultats. Au niveau des recherches, nous distinguons deux types de résultats. Nous avons ce que les anglo-saxons appellent les « outputs » c’est à dire les résultats immédiats ; il y a aussi les effets, immédiats que d’aucun appellent les impacts du projet. C’est peut être fastidieux de passer en revue le premier type de résultats. Néanmoins, je vais vous donner quelques uns, qui vous permettront de comprendre l’ampleur du projet.
Nous avons par exemple établi 22.413 démonstrations ; plus de 130.000 ha appliqués en microdose ; 440.000 champs écoles installés à travers tout le pays ; 20.500 producteurs ont été formé à la technologie de la microdose ; 396 visites commentés dans la vie du projet ; 55.338 participants aux journées de visites commentées ; les émissions radios ; etc. Ces résultats ne sont qu’au niveau du transfert de la technologie.
Au niveau des boutiques d’intrants et magasins de warrantages, nous avons fait fonctionner 36 boutiques d’intrants à travers les 05 provinces ; 58 magasins de warrantages sont fonctionnels ; nous avons également formé 455 membres des comités de gestion et 280 membres des comités de gestion de boutiques d’intrants ; nous avons aussi signé des contrats avec la BRS qui fourni du crédit afin de supporter les magasins de warrantages et les boutiques d’intrants.
Je vais donner quelques chiffres sur les impacts parce que le tout n’est pas de développer les activités, mais est ce que ces activités ont eu un impact pour les communautés ?, pour les producteurs ?. C’est ce qui est essentiel. Nous avons pu constater à travers les sondages d’opinion que nous avons réalisée après les émissions, qu’il y a 366.500 producteurs qui ont déjà entendu parler de la technologie de la microdose ; 57.338 fermiers ont adopté la technologie de la microdose ; 62% des ménages des sites du projet ont adopté la microdose ; 80% des ménages ont adopté au moins un des engrais minéraux que nous avons diffusé ; 37% des superficies fertilisées dans la zone du projet l’ont été sous la technologie de la microdose ;

R/MARP : Quelles sont les innovations perceptibles dans le cadre de ce projet microdose ?

Pr TAONDA : Une des innovations majeures que je voudrais souligner ici, est qu’on a pu au niveau de la recherche finaliser la microdose sur le maïs ; parce qu’auparavant c’était le sorgho, le mil, l’arachide et le niébé qui étaient concernés. Mais en ce qui concerne le maïs il restait encore des petits réglages à faire en station. Ainsi, on a pu étudier la performance de la microdose sur cette spéculation en fonction des zones agro-écologique, mais aussi en fonction de la topo-séquence, c’est à dire en fonction du type de sol. L’autre aspect important, c’est la mise au point d’un outil qui va enlever le caractère pénible de la microdose à savoir le micro-doseur mécanique attraction animale, attraction bovine ou asine et même qu’il y ait un prototype attraction motorisée qui est en construction. Pendant qu’en moyenne pour appliquer la microdose on avait 30heures/hectare, avec le micro-doseur on est revenu à 3h15mn/hectare. Voila donc quelques éléments, juste pour vous montrer ce qu’on a pu réaliser comme valeur ajoutée.

R/MARP : pour la phase pilote, le projet a intervenu dans les provinces du Boukiemdé, Oubritenga, Koulpelgo, Ziro et du Nahouri. Qu’est ce qui a prévalu au choix des zones d’intervention ?

Pr TAONDA : Pour les zones d’interventions, nous avons regardé les objectifs du projet, qui étaient d’augmenter la productivité agricole de 50% et d’améliorer les revenus des producteurs de 30%. Et bien, nous avons fait une analyse de la carte de production du Burkina et en collaboration avec nos partenaires, Hunger Project et le Réseau MARP, en appliquant doublement les critères de la production et de revenu et en appliquant aussi les critères subsidiaires que nous ont proposés ces ONGS, nous en sommes arrivés à identifier les provinces du Boukiemdé, Oubritenga, Koulpelgo, Ziro et du Nahouri. Mais au soir du projet, on s’est retrouvé dans 9 provinces. Ce qui montre l’engouement que le projet à rencontrer au près des producteurs.

R/MARP : Est ce qu’on peut appliquer la microdose en zone Sahélienne ?

Pr TAONDA : Au Sahel, oui mais avec un bémol, je veux dire avec attention, parce que ce n’est pas seulement avec la microdose, c’est l’engrain minérale d’une manière générale qu’il faut appliquer avec précaution dans les conditions des zones sahéliennes. INERA a fait une étude sur la fertilisation et la fertilité des sols dans les différentes zones agro-écologiques et on a constaté que dans la zone sahélienne, il y a des années en fonction de la précarité pluviométrique, l’engrain minérale n’est pas suffisamment valorisé ; c’est à dire que, si vous appliquez l’engrain surtout l’urée et que les pluviosités ne suivent pas, vous pouvez avoir des effets pervers.

R/MARP : Au niveau des spéculations promues à la phase pilote, il n’y avait que le sorgho, le mil, le niébé, l’arachide et le maïs. Au-delà de ces espèces, est ce qu’on peut appliquer la microdose à d’autres espèces ?

Pr TAONDA : au-delà des 05 espèces de départ dont j’ai parlé tantôt, on a remarqué que sur l’arachide qui est une culture pratiquée par les femmes, l’application de la microdose a été faible. Sinon, la technologie existe pour l’arachide, mais je dois dire qu’on a vu des producteurs, que je qualifierais d’innovateurs qui ont tenté la micro-dose sur le riz, et les cultures maraichères à Nagréongo où cette initiative a été très claire. On a vu les femmes appliquer la micro dose sur le gombo etc. Ces initiatives personnelles nous interpellent nous, au niveau de la recherche a bien étudier cette question pour les autres espèces. C’est la question qui nous est posé en tant que chercheur aujourd’hui.

RMARP : quelles sont les contraintes liées à l’application de la microdose ?

Pr TAONDA : les contraintes liées à l’application de la microdose sont le ratio homme/jour. Il faut en moyenne 30H pour un hectare. Mais dans l’immédiat, les producteurs eux même ont trouvé, leur solution. C’est à dire qu’on peut appliquer la microdose à deux périodes, soit au semis, soit 10 jours après la levée. En différant donc l’application de la microdose après levée, on lève en fait la contrainte partiellement. Mais la réponse à terme, c’est celle que nous avons mis en place avec le prototype du micro doseur mécanique.
Ce qui veut dire qu’à terme, nous allons après un brevetage de cet outil, la diffuser. Ils vont trouver là une solution à l’allègement de la pénibilité de l’application de la microdose et de l’exigence de la main d’œuvre.

R/MARP : Parlant de l’utilisation des fertilisants, est-ce que la microdose recommande l’association de l’engrais minéral avec d’autres types de fertilisant ?

Pr TAONDA : Oui jusque là, je n’ai parlé que de la microdose simple. Mais en fait comme je le disais au niveau de la recherche, nous continuons à étudier quelles sont les conditions d’optimisation de l’effet de la microdose et à ce titre nous sommes en train de combiner la microdose avec d’autres technologie. Par exemple, les technologies de gestion de l’eau, ça augmente encore l’efficience et l’efficacité de la microdose, par exemple la combinaison microdose application de la matière organique dont de la fumure organique, ça augmente encore l’efficience et l’efficacité de la microdose, la combinaison microdose variété améliorée performante ça augmente l’efficacité de la microdose. Je vais donc dire oui la microdose en combinaison avec toute autre technologie apporte que des avantages comparativement à la seule microdose appliquée.

R/MARP : pouvez-vous nous décrire comment on applique la technologie microdose ?

Pr TAONDA : Comme je le disais la microdose, c’est l’application stratégique de la microdose aux pieds des plantes.
Concrètement, l’application consiste à creuser un trou aux pieds de la plante et à déposer les quantités d’engrais recommandées et fermer. Ainsi quand il pleut l’engrais est distillé immédiatement et est disponible aux pieds des plantes qui les utilisent plus efficacement. C’est la première condition. La deuxième condition consiste à semer l’engrais au même moment que la graine dans le même poquet, en faisant de telle sorte que l’engrais soit en dessous de la graine et fermer le poquet. En cas de germination, la plante dispose directement de l’engrais dès les premiers instants. L’expérience à démontré que cela booste la croissance de la plante et c’est ça le secret de la microdose.

R/MARP : Quelles sont les doses recommandées selon les spéculations ?

Pr TAONDA : En faveur des résultats de la recherche nous avons mis au point les différentes doses par exemple pour le sorgho, vous avez 2g de NPK, pour le mil 3g de NPK et 0,5 g pour le niébé et l’arachide. Les résultats de 4 ans de test, nous montrent par exemple pour le sorgho, pendant que la dose vulgarisée conventionnelle donne 1 tonne 300 à ha, la dose microdose donne 1 tonne 600. Sur le mil, pendant que sans fertilisation on est à 500 kg, sous la dose vulgarisée nous sommes à 800 à 900kg, mais quand on applique la microdose, on est à 1 tonne. Au niveau de l’arachide on est à 700 kg en dose conventionnelle et à 1 tonne en microdose. Ce sont des résultats qui sont très consistants et qui montrent l’efficacité de la microdose.

R/MARP : Qu’est-ce qui a été fait pour assurer une continuité et une pérennisation des acquis du projet ?

Pr TAONDA : pour la pérennisation des acquis nous avons installé des cellules de microdose dans chaque commune située dans les zones d’intervention du projet, de telle sorte qu’elles pussent assurer la continuité. Nous avons aussi mis en place des unités de warantage, les unités de gestion de ces boutiques intrants.

R/MARP : A voir ces résultats, je pense que vous n’allez pas vous arrêter en si bon chemin, alors quels seront les prochaines étapes ?

Pr TAONDA  : L’enjeu majeur actuellement, c’est de diffuser la microdose sur l’ensemble du Burkina, là ou c’est possible. Et pour ce faire, je ne vous cache pas que notre prochaine étape c’est de faire adopter la microdose par 500.000 producteurs. Quand nous avons rendu visite au Ministère de la Sécurité Alimentaire et que nous lui avons exposé notre ambition, le ministre, nous a demandé d’aller à 1.000.000 de producteurs. Cela montre l’adhésion et la vision des premiers acteurs du ministère de l’agriculture.
Nous avons soumis un projet de grande envergure qui va concerner 12 provinces qui sera cofinancé si Dieu le permet par la Banque Islamique de Développement (BID) en partenariat avec AGRA et là ce sera encore une diffusion à grande échelle au profit de la sécurité alimentaire du Burkina Faso.

R/MARP : Professeur, le dernier mot vous revient.

Pr TAONDA : Je crois que la technologie de la microdose constitue un puissant levier pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire, le problème de l’amélioration des revenus des producteurs si elle est adoptée à grande échelle. Si bien que pendant que ce projet est entrain de clore ses portes, le souhait et le vœux pour ne pas dire l’interpellation que je peux lancer c’est que, tous les acteurs qu’ils soient du monde de décideurs politiques, qu’ils soient de la société civile comme les ONGs, qu’ils soient des organisations des producteurs, qu’ils prennent la mesure du potentiel qui est là et qu’il fassent en sorte qu’une forte majorité des producteurs agricoles du Burkina adopte la technologie de la microdose. Je ne vais pas lancer de défi, mais je suis assuré qu’avec cette adoption, il ne sera plus question d’insécurité alimentaire et beaucoup de chose connaitront une amélioration au Burkina Faso.

Interview réalisée par Adama GNANOU
Chargé de communication et du plaidoyer au Réseau MARP-Burkina.
Interview réalisée en Janvier 2013