Commémoration de la Journée Internationale de la Prévention des Catastrophes,(JIPC) à Kaya, le vendredi 04 Décembre 2015 . Thème :« La connaissance sauve des vies ».

jeudi
6 juin 2013
 


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NOTRE ENVIRONNEMENT : UTILISATION DU PLASTIQUE EN AFRIQUE

« Le Burkina va-t-il porter un bonnet d’âme »

Mon premier article sur l’environnement a suscité quelques réactions qui m’ont encouragé à reprendre la plume. Je ne m’attendais à aucune réaction, tellement les questions d’environnement ne sont pas la priorité du Burkinabè « lambda » comme dirait quel qu’un. N’étant pas moi-même un expert du domaine, je me suis replongé dans la littérature pour renforcer et renouveler l’appel à tous, les acteurs politiques, administratifs et les citoyens.

Le fait que plusieurs paysans aient évoqué la question de la pollution par le plastique lors de la dernière JNP, devant le chef de l’Etat, est la preuve que mon écrit tombait bien à propos et pouvait être une contribution à la prise de conscience et au solutionnement du problème qui est réel mais occulté. Dommage, les réponses apportées sont restées d’ordre général. Regardez un peu autour de vous, dans votre quartier, sur les arbres, au village ; partout le plastique est en train de devenir un élément qui fait partie, malheureusement, de notre environnement. Pour ne pas être encore le dernier à émerger, allons vers la loi qui interdirait l’importation et l’usage des sachets plastiques.

Le plastique, je dis non !

Voici ce qui apparaissait en mars dernier à la Une des journaux au Niger (juste à côté du Faso). Le gouvernement nigérien a adopté vendredi une loi interdisant "la production, l’importation, la commercialisation, l’utilisation et le stockage des sachets et des emballages en plastiques souples à basse densité". Celle-ci s’applique sur tout le territoire nigérien. Les déchets plastiques constituent "la menace la plus sérieuse pour l’environnement, pour la sante humaine et animale, en somme pour l’économie mondiale", explique un communique du gouvernement.

La Mauritanie et le Mali, en janvier 2013, ont adopté des lois identiques. Dans ces deux pays, l’importation, la production et la détention de sacs plastiques sont désormais interdites. Au Mali l’initiative est partie de la direction des industries. Un arrêté a été pris mais très tôt ses limites ont été constatées. L’adoption de la loi un peu plus tard par l’Assemblée nationale a permis de mieux renforcer l’arsenal juridique et surtout la possibilité de sanctionner les contrevenants. Bien sûr, il y a eu tout un processus pour faire adhérer un certain nombre de personnes (opérateurs économiques, ONG,,,.). Cette étape est très importante. Elle a pour avantage de faire comprendre la nécessité de la loi qui ne sera pas seulement perçue dans son volet répressif. Voici ce qu’encourent les contrevenants : « Au-delà d’avril 2013, toute personne qui sera prise en possession d’un seul sachet de plastique (couleur noire) sera astreinte à payer la somme de 100 000 F CFA. La pénalité sera encore plus lourde quand il s’agit du plastique de couleur bleue. Elle s’élèvera à 200 000 F CFA. Ne soyez pas fixés sur la question des couleurs, l’important c’est de veiller à l’application de la loi.

En Mauritanie, les sanctions ont été poussées vers le maximum. La loi prévoit donc jusqu’à un an de prison et 1 million d’ouguiyas (1 625 550 CFA) d’amende pour les contrevenants. Le prix à payer pour faire disparaître ces si peu naturelles « fleurs du Sahel ». Ces deux exemples si proches de nous doivent nous aider à hâter le pas. Tous deux du Sahel, le Mali et la Mauritanie ont décidé d’agir pour protéger leurs sols et leurs animaux qui payent et un lourd tribut si la situation « normale », c’est-a-dire regarder le plastique gagner du terrain et ne rien faire contre, perdure. Ces décisions « révolutionnaires » sont importantes pour des pays qui déclarent tous les jours que leur développement est basé sur l’agriculture et l’élevage. Peut-être, a-t-on tout simplement oublié cela au Faso ? A moins que notre développement soit à présent basé sur l’or ou le pétrole qu’on rêve d’avoir comme tous les pays...

Qui doit faire quoi ?

Tout le monde est interpellé. Quand je dis tout le monde, chacun a sa partition à jouer. Les députés doivent interpeller le gouvernement sur le sujet. Il s’agit d’un problème de développement et une question d’intérêt national. Oublions pour une fois les petites questions qui n’ont d’intérêt que pour son village ou sa région. Exemple : la route de mon village mérite d’être remise en état, il n’y a pas assez de forages et de barrages, les centres de santé manquent d’équipements et de personnel qualifié... Voyons plutôt plus global et à plus grande échelle.

Les citoyens, au-delà du fait qu’ils doivent également interpeller leurs élus, ont obligation de contribuer à l’amélioration de leur cadre de vie. Au Rwanda, chaque dernier samedi du mois est consacré au nettoyage des villes et quartiers. C’est une obligation pour tout Rwandais âgé de 1 665 ans. Samedi à Kigali, une fois par mois, la circulation est au point mort et tout le monde s’active. Résultat : la capitale du Rwanda a reçu, après seulement 3 ans de travail effectué, une récompense de l’agence onusienne PNUEH (Programme des Nations unies pour les établissements humains), spécialisée en développement urbain durable. Le prix Habitat Seroll of Honor Award 2008 a été attribué à Kigali. Un trophée qui récompense les efforts fournis dans la construction d’une ville moderne et durable. Au-delà de cet encouragement, ce sont les populations qui en tirent les plus grands bénéfices. Une ville propre, des polluants plastiques en moins, c’est un pas énorme vers le bien-être. Au Rwanda enfin, on traque le plastique comme on traque la drogue, c’est tout dire.

Autre exemple, le Tchad. Cette fois, c’est le maire de la ville, une dame, qui a choisi de faire de la lutte contre le plastique, une priorité dans son programme. Son leitmotiv était simple : dire non aux sacs plastiques. La loi existait depuis 1992 et il a fallu sa nomination en 2010 pour qu’enfin cette loi sorte des tiroirs. Au début tout le monde disait « Madame, personne ne peut faire supprimer le sac plastique dans la langue locale ». Avec volonté et détermination, madame le maire a réussi. Devrait-on attendre au Burkina la femme providentielle à la tête de la mairie « centrale » ou d’une mairie d’arrondissement pour aller dans le sens de la protection de l’environnement ? Peut-être que le nouveau maire de Ouagadougou nous étonnera-t-il ? Qu’est-ce que cela coûte de lancer une initiative « un arrondissement sans plastique », et inviter les populations à y contribuer ? Je l’y invite fortement.

Les pollueurs doivent eux aussi prendre des initiatives de lutte. Je veux parler de toutes ces PME qui produisent des sachets d’eau minérale, pour ne citer qu’elles parmi tant d’autres. Avez-vous déjà vu la Place de la nation après un meeting politique ou un spectacle ? Un véritable parterre de sachets plastiques. Je laisse donc la main aux pollueurs avant que la loi ne pense à les imposer. Une petite idée, demander aux enfants des sachets vides contre récompense, par exemple un nombre X de sachets contre un cahier, un crayon ou un stylo. Cela semble banal, mais très important. Vous ferez œuvre utile et le résultat sera à votre honneur. On oubliera que vous êtes des pollueurs, et vous contribuerez indirectement à soutenir l’éducation des enfants au Burkina. Quoiqu’il en soit, votre contribution à la résolution du problème où vous êtes grands contributeurs est vivement attendue et souhaitée.


Education à l’environnement et concertations

La clé du succès, c’est la loi bien sûr, mais en amont et en aval, il y a deux actes à ne pas manquer : éducation à l’environnement et les concertations. L’éducation à l’environnement est l’une des voies du succès. L’écrivain Saint Exupéry n’a-t-il pas dit « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Une pensée bien profonde qu’il faut tout le temps se remémorer pour agir en conséquence. Au Maroc, les autorités ont mis en place, dans les écoles primaires, un réseau d’échanges qui aborde et permet d’attirer les esprits encore jeunes sur les questions environnementales. Ce réseau francophone connaît un tel engouement qu’il croule sous les demandes d’adhésion. Il mène des activités au niveau des établissements scolaires pour sensibiliser les élèves sur la protection de l’environnement. Les activités s’étendent jusque dans la communauté et permet de toucher des jeunes non scolarisés ou déscolarisés. Voici un autre exemple qui peut servir de source d’inspiration.

Comment le mettre en œuvre au Burkina ? Il y a là une nécessité pour les départements ministériels d’accepter de composer ensemble, dans une approche promotion de la santé qui permettra aux uns de partager les expériences des autres. Le ministère de l’Environnement apporte les idées et les connaissances environnementales, et celui de l’éducation ouvre les portes des écoles pour asseoir un partenariat dont le gain pour la nation s’inscrit dans la durabilité. L’autre élément important, c’est la concertation. A ce niveau, il ne faut pas espérer des miracles si les étapes ne sont respectées. Consulter tous les acteurs est indispensable. Il faudra une vraie stratégie de communication pour prendre en compte et les intérêts et les craintes de tous. A titre d’illustration, voici l’interrogation d’une femme dans un pays ou l’on se préparait à voter une loi contre le plastique. « Comment on va faire pour transporter notre sucre, vendu au poids, sans sac plastique ? »

Mais qu’est-ce que vous faisiez avant l’introduction des sacs en plastique en Afrique ? Chaque pays africain fabrique ses paniers traditionnels, avec du matériel naturel qu’on vend aux touristes ! Chaque famille doit avoir au moins un panier pour transporter les courses. La réponse est simple revenons à nos habitudes des années 70, avant l’arrivée en masse du plastique en Afrique.

Le Burkina peut et doit prendre une loi en urgence !

De « petites » initiatives prises par le Ministère en charge de l’environnement ont produit quelques résultats à magnifier. Elles mériteraient d’être plus complètes pour prendre en compte la question dans sa globalité et pas seulement en aval. La première édition de l’opération de ramassage des sachets plastiques à Ouagadougou a permis à quelque 6 120 citoyens d’y participer. C’est la commune de Bogodogo qui a remporté le concours pour avoir ramassé plus de 90 tonnes de déchets plastiques. Elle a reçu une somme de deux millions de F CFA et 500 000 F CFA en espèces et du matériel tel que des charrettes, des brouettes, râteaux et poubelles. Au total, près de 350 tonnes de déchets plastiques ont été collectées. Ils ont été confinés au Centre de traitement et de valorisation des déchets de Ouagadougou (que personne ne connaît vraiment). Le rachat des déchets a permis de distribuer 25 millions de FCFA environ aux populations les plus défavorisées et aux participants de la collecte du concours. A quand la seconde édition ? Le nouveau ministre va-t-il poursuivre cette amorce d’éducation à l’environnement et aller plus vite vers la loi ?

Conclusion

En 2003, 17 milliards de sacs plastiques ont été distribués en sortie de caisse des supermarchés en France. Ce chiffre est en baisse et atteint aujourd’hui moins de 2 milliards. Même l’occident est préoccupé comme on le voit. Rappelez-vous qu’un sachet plastique met en moyenne 400 ans avant de se dégrader. C’est-à-dire que si vous jetez un sachet plastique ce jour, il faudra au moins quatre générations après vous pour qu’il disparaisse, là encore, il faut espérer que vos enfants, petits- enfants et arrières-petits-enfants hériteront d’une terre viable et qu’ils vivront en moyenne 100 ans chacun.

Notre action aujourd’hui déterminera l’avenir de nos enfants. C’est un appel à tous. Arrêtons de demander aux seules autorités d’agir. Dans ce domaine précis de l’environnement chacun a sa part de responsabilité. Contribuons tous à mettre le plastique hors-la-loi de notre pays. La législation viendra en appui, tout simplement. Le sachet plastique a un effet néfaste sur l’environnement certes, mais également sur la santé, l’agriculture et l’élevage. Il est temps d’agir !

LE SAC PLASTIQUE, JE DIS NON !

Leroy Rodney rodney.clairs@gmail.com