Commémoration de la Journée Internationale de la Prévention des Catastrophes,(JIPC) à Kaya, le vendredi 04 Décembre 2015 . Thème :« La connaissance sauve des vies ».

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19 février 2013
 


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Interview avec Chris REIJ sur la RNA et le partenariat avec le Réseau MARP-Burkina

Le Burkina Faso est un pays sahélien où le couvert végétal est en voie de disparition progressive. Certes, la chanson est connue de tous, cependant, il y a des hommes et des femmes qui pensent le contraire et travaillent nuit et jour pour vaincre cette fatalité. Au rang de ces personnes il y a, un Hollandais : Christ REIJ ; un ami de la nature, un fin connaisseur de l’Afrique. L’ancien Ministre de l’agriculture, Laurent SEDOGO, l’avait même surnommé Christ SAWADOGO. Nous avons profité de son séjour au Burkina Faso, dans le mois de Février pour nous entretenir avec lui. Dans l’entretien qu’il nous a accordé volontiers, Christ REIJ nous parle de l’importance de la technique de la Régénération Naturelle Assistée, RNA, comme pratique appropriée pour reverdir le sahel et partant de là, reverdir toute l’Afrique. Il évoque également dans cet entretien la longue collaboration qui existe entre lui et le Réseau MARP-Burkina. Une collaboration qui date de plus de 20 ans. Notre invité travaille pour l’Université libre D’Amsterdam, (ndlr, principal bailleur de fonds de l’Initiative pour le Reverdissement du Sahel : IRS), il est également membre du centre international pour la coopération.

Réseau MARP : De quand date votre collaboration avec le Réseau MARP-Burkina ?

Christ REIJ : Je collabore avec le Réseau MARP depuis le début des années 90 et avant cette période, j’ai collaboré avec le projet ACR forestier qui se trouvait à l’époque au Sahel et au Nord, notamment au Yatenga à partir des années 80

Réseau MARP : ça fait longtemps quand même ?

Christ REIJ : oh ! ça fait effectivement longtemps !

Réseau MARP : alors, dans quel domaine se situe votre collaboration avec le Réseau MARP-Burkina ?

Christ REIJ : Avec le Réseau MARP-Burkina, nous avons fait des études ensemble dans le cadre du projet FIDA (ndlr : Fond d’Investissement pour le Développement Agricole), pour évaluer les impacts des interventions en matière de gestion durable des ressources naturelles. Pour comprendre quelles ont été les impacts des cordons pierreux et du zaï sur les rendements céréaliers et sur la pauvreté rurale. Et nous avons aussi menés ensemble une étude sur l’évolution à long terme de l’agriculture et de l’environnement au sahel, et dans la partie nord du plateau centrale.

Réseau MARP : Actuellement vous êtes sur un projet d’envergure, régionale qui est l’Initiative Reverdir le Sahel. Pourquoi pensez-vous que la RNA en zone sahélienne peut- elle réussir ?

Christ REIJ : Je crois que les systèmes agro-forestiers sont le pilier d’une agriculture durable dans les sols semi-aride. Sans arbres dans les champs, il n y aura pas d’avenir pour l’agriculture, parce que sans arbres il y aura l’impact du vent et aussi l’impact du soleil sur les cultures ; ce qui conduira à une assez forte dégradation des sols. Et il est impératif d’introduire dans ces zones d’avantage d’arbres dans le système de production. Mais la grande difficulté est souvent que le système agro-forestier « tombe entre deux chaises ». Dans ce sens que, les ministères de l’agriculture en Afrique s’intéressent beaucoup aux cultures saisonnières et le ministère de l’environnement s’intéresse beaucoup aux forêts naturelles. Donc, tout ce qui est système agro-forestier ne trouve pas maison.

Réseau MARP : Alors pourquoi avoir choisi spécifiquement la RNA (Régénération Naturelle Assisté) comme technique pour revêtir le Sahel, en lieu et place d’une autre technique de reboisement ?

Christ REIJ : Pendant les études dont je parlais précédemment sur l’évolution à long terme de l’agriculture et de l’environnement, nous avons découvert qu’il y a des paysans par exemple au Burkina et aussi au Niger qui ont systématiquement protégé et géré les arbres, les jeunes arbres qui régénèrent spontanément dans les champs de culture. Par exemple au Niger, pendant une période de vingt (20) ans, ils ont protégé et géré 200 millions d’arbres nouveaux, et tous ces arbres sont les résultats de la protection, de la gestion et de la régénération spontanée et pas le résultat de la plantation d’arbre. La plantation d’arbre en général à un taux de survie très limité. Peut être 10 à 20% de ces arbres plantés survivent 2 à 3 ans après leur plantation. Mais les arbres qui régénèrent spontanément développent de bons systèmes racinaires et c’est aussi l’approche qui est relativement bon marché, parce qu’on n’a pas besoin de pépinière et on n’a pas besoins de transporter les arbres aux champs. En plus, ce qui est aussi un grand avantage pour les paysans, c’est que des arbres qui se trouvent dans leurs champs perdent leurs feuilles, donc ajoutent aussi de la matière organique ; ce qui permet d’avoir une bonne quantité de matière organique dans le sol ; ce qui détermine beaucoup l’évolution de la fertilité des sols.

Réseau MARP : la phase pilote de l’Initiative Reverdir le Sahel est à terme, quel appréciation faites-vous de l’état de mise en œuvre de cette initiative ?

Christ REIJ : Je crois que ce projet reverdir le Sahel est devenu une sorte de parcs. Après trois (03) années d’expérimentation de l’initiative, de plus en plus de gens, aussi au niveau des bénéficiaires qu’au niveau des bailleurs de fond, sont convaincus qu’il est tout à fait rationnel, du point de vue économique et du point de vue durabilité, d’augmenter le nombre d’arbres dans les cultures parce qu’ en année de sécheresse, si les cultures ne marchent pas, les arbres continuent à produire, il y a beaucoup d’arbres qui produisent par exemple le fourrage pour les bétails, il y a des arbres qui améliorent la fertilité des champs, il y a des arbres aussi qui génèrent des produits forestiers non ligneux, qu’on peut vendre sur le marché, donc les arbres jouent un rôle très important dans le renforcement de la résilience des sols et des sécheresses.

Réseau MARP : Quels effets dans l’immédiat pouvons-nous observer en termes d’amélioration de conditions de vie des paysans ?

Christ REIJ : Le développement du nouveau système agro forestier, qu’est la RNA a produit de multiples impacts ; donc ce n’est pas seulement important pour améliorer la fertilité des sols, c’est aussi important pour la production du fourrage pour les animaux, c’est très avantageux pour les femmes aussi, parce que les femmes font tailler les arbres ce qui leur procure suffisamment de bois énergétiques ; cela leur allègent le travail de collecte de bois de chauffe.

Réseau MARP : quelles sont les perspectives pour la suite de l’Initiation pour le Reverdissement du Sahel ?

Christ REIJ : Il n’est pas du tout exclu qu’il n’y aura pas de financement en tant telle pour la continuation de Reverdir le Sahel. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il y a d’autres grands projets qui ont été développés et qui utilisent cette même approche RNA et c’est exactement ce que nous avons espéré dès le début. Que l’approche bâtir sur les cas de succès en matière d’agroforesterie, soit une approche adoptée aussi par d’autres bailleurs de fonds pour d’autres projets et j’ai l’impression que c’est le cas. Et en même tant, ce n’est pas bien sûr uniquement une l’affaire de bailleurs de fonds, il faut aussi que les gouvernements et les décideurs politiques soient convaincus qu’il est rationnel de promouvoir la régénération naturelle par les paysans pour bâtir des systèmes qui sont plus complexes, plus productifs et qui résistent mieux aux années de sécheresses afin de pouvoir assurer la sécurité alimentaire pendant les années de sécheresse.

Réseau MARP : quel appréciation faites-vous du partenariat avec le Réseau MARP ?

Christ REIJ : Le partenariat avec le Réseau MARP a été essentiel ici au Burkina Faso dans la mesure où il a permis de construire une relation de confiance et une possibilité de dialogue avec les paysans mais aussi avec les décideurs politiques. Il y a eu aussi un effort pour mobiliser les médias pour faire le plaidoyer sur la RNA ; cela a d’ailleurs favorisé la création d’une association de journalistes pour l’environnement, notamment "Média’vert" qui s’informe régulièrement sur les innovations et les résultats de la RNA. Je crois que, quand on y pense, si j’ai la possibilité de continuer la collaboration, je le ferai toujours.

Réseau MARP : Quelles sont les innovations futures qu’on pourrait développer à partir de la RNA

Christ REIJ : On peut développer des chaines de valeurs autour des villages forestiers, par exemple les sites de moringas et de baobabs, on peut créer aussi ces systèmes de production agricole qui sont beaucoup plus complexe avec l’intégration de trois composante : l’agriculture, l’arbre et l’élevage. Ce que nous n’avons pas encore pu réaliser, c’est de pouvoir exprimer tous ces avantages, tous ces gains en terme économique, quel est la valeur monétaire de tous les impacts positifs de la RNA, pour ça, il y a encore quelque chose à faire.

Réseau MARP : Je vous remercie.

Christ REIJ : Avec plaisir